Johan tête

Direction Eclassan, en Ardèche du Nord

Passer du temps à trouver sa voie

vigneron nature johan tête - ardèche du nord

Johan me reçoit chez lui, pendant sa pause déjeuner. Il est (ou plutôt « était », ce n’est plus le cas aujourd’hui) ce qu’on appelle un double actif. A la fois responsable commercial et vigneron, « à ses heures perdues ». Autant dire que ses journées sont denses. La veille, ils ont fini à minuit. Avec l’aide d’un ami, ils mettaient en bouteille l’une de leurs cuvées.

Ce néo-vigneron s’est longtemps cherché. Plus jeune, il a côtoyé les bancs de la fac d’histoire avant d’enchaîner avec une formation en biologie humaine, dans l’idée de se spécialiser en diététique. Manque de bol, le gouvernement promeut cette année-là une loi qui donnera lieu au non remboursement des consultations réalisées par les diététiciens. Résultat, peu voire pas de débouchés à la clé. « C’est fou comment ta vie peut dépendre d’une décision politique« , me lance Johan.

Il trouve ses premiers jobs dans le secteur de la sécurité et gravit les échelons au sein d’un grand groupe basé à Lyon. Trop injustices, d’incohérences, de désaccord avec le management. Après un départ difficile, Johan entreprend une reconversion en viticulture et oenologie. Un besoin vital de souffler, de se (re)connecter à la terre. Il effectue un stage chez un vigneron bio du coin et le coup de coeur se confirme.
Elaborer des vins de façon naturelle sonne comme une évidence, « c’est comme ça que j’ai appris !« .

Pousser les murs de son garage pour vivre de sa passion

Du courage, il lui en a fallu à Johan. Quitter Lyon, s’installer avec sa femme à Eclassan (pas trop loin de Lyon non plus, pour qu’elle puisse faire les aller-retour), trouver ce travail de commercial qui lui prend entre 40 et 60 heures par semaine. Et en parallèle, commencer à faire du vin dans son garage. Pousser les murs, réaménager l’espace, petit à petit. Je suis admirative face à ses choix et sa quête de liberté.

Johan me conduit à sa cave. Une partie de ses vins provient de ses parcelles : 1,5 hectares de vignes en fermage et métayage, du gamay sur des coteaux granitiques à Arlebosc, de la marsanne et de la roussanne à Saint-Joseph et des (cépages) hybrides*, dont une majorité de villard noir.
L’autre partie provient de l’achat de raisins auprès de copains vignerons. « Pour arriver à vivre de ce métier, l’activité de négoce est parfois nécessaire pour démarrer« . Un négoce maîtrisé, il sait à qui il achète les raisins et comment ils sont « traités ».

J’ai un coup de coeur pour ses gamays. L’un travaillé en macération carbonique, la cuvée Jojo, juteuse, ciselée, un peu saline aussi, elle rappellerait presque un blanc si on fermait les yeux. Johan l’accorde d’ailleurs avec des huîtres, il adore ça ! L’autre, Tincey, est vinifiée en grappes entières. Une cuvée qui « pinote », avec sa finesse, son goût de poivre, de sous-bois (sur le millésime 2016, surtout).

Je vous invite sur ces mots à découvrir le fruit du travail de Johan Tête, vigneron nature en Ardèche du Nord :

Hybrides : les hybrides font partie d’une famille de cépages issus du croisement entre les vignes européennes (vitis vinifera) et les vignes américaines (vitis labrusca ou vitis riparia). Ils présentent le grand avantage d’être résistants à plusieurs maladies (dont le mildiou, l’oïdium, le phylloxéra).