Vin nature, biodynamie : quelles solutions face au dépérissement de la vigne ?

Le vin nature, la biodynamie, le bio réunissent un tas d’acteurs aux consciences éveillées, soucieux de trouver des solutions face au dépérissement croissant de la vigne.

« Le vin se fait à la vigne« , telle est la devise des vigneron.ne.s que je représente.
Exit le sécateur et le tracteur : Lilian Bérillon, pépiniériste engagé dans une viticulture durable, rappelle que le matériel le plus important pour un vigneron, c’est la vigne. Ça te paraît logique ? A moi aussi. Pourtant, nombre de vignerons semblent l’avoir oublié, investissant plutôt dans des chais clinquants.

 

Pour aborder ce sujet, je me suis appuyée sur les sources suivantes :

  1. Le podcast du Bon Grain de l’Ivresse : Episode 23 « Lilian Bérillon, pépiniériste convaincu »
    Si tu veux voyager au pays du jus de raisin fermenté, vas faire un tour sur leur site.
  2. L’article de la Revue des Vins de France sur l’ouvrage « Le jour où il n’y aura plus de vin« , co-signé par le pépiniériste et la journaliste Laure Gasparotto.
  3. Deux articles du site engagé pour l’écologie Reporterre : « Les vignes industrielles bientôt dépendantes de l’irrigation » et « L’agroforesterie, le futur de la vigne« 
lilian berillon - pépiniériste

L'importance du choix du matériel végétal

Avant 2007, Lilian Bérillon le reconnait, il vendait chaque année des millions de pieds de vignes sans trop se poser de questions.
Ce sont deux vigneronnes du Sud de la Vallée du Rhône, Jacqueline André et Hélène Thibon, qui l’alertent sur le dépérissement du vignoble. Pourquoi tant de pieds de vignes d’à peine 20 ans meurent -ils ? Comment assurer la transmission aux générations futures ? 2007 marque un changement d’orientation radical pour Lilian.

domaine du petit oratoire

Interrogé par Le Bon Grain de l’Ivresse, Lilian explique les raisons de cette mortalité :
– Evidemment, les conditions climatiques sont en cause…
– Mais aussi la qualité des plants vendus. Depuis les années 1970, on est passé à une viticulture intensive, avec un objectif de produire en quantité et à moindre coût.

Pour y parvenir, on a développé le clonage (technique visant à reproduire à l’identique un pied de vigne) et industrialisé le greffage (greffage à l’oméga). « On a tué la diversité » s’alarme Lilian.
Aujourd’hui, sur le marché, vous trouverez moins de 10 clones de Grenache différents, pareil pour le Merlot. C’est rien. Quand on pense qu’avant les années 70, chaque individu sur une parcelle était unique.

Moins de diversité signifie plus de fragilité face aux maladies et donc plus de dépendance aux produits phytosanitaires de synthèse. Aujourd’hui, « 97% de la vigne est malade« .

Lilian propose de revenir à des techniques de greffage anciennes, manuelles et respectueuses du végétal : la greffe à l’anglaise ou « en fente« .

Quant à la sélection des greffons (des cépages), le pépiniériste est un fervent défenseur de la sélection massale. Il parcourt le monde à la recherche de pieds de vignes génétiquement différents et intéressants pour prélever des fragments de sarments et ainsi les multiplier.
« Certains pieds ont 70, 80, 100 ans. C’est un travail d’observation, qui nécessite un bon sens paysan« .

Le risque de dépendance à l'irrigation

Autre problème de taille : les vignes issues de la viticulture intensive ne développent pas leur réseau racinaire et ne parviennent pas à aller chercher l’eau en profondeur. Avec le réchauffement climatique, l’irrigation (très souvent refusée par les vignerons éthiquement consciencieux) est tristement devenue « la solution » pour tous les productivistes.

Exemple de l’Hérault, où le département a prévu plus de 200 millions d’euros d’investissement d’ici à 2030 pour développer le réseau d’irrigation, rapporte Reporterre.
A cause de la sécheresse les rendements moyens sont passés de 60 – 65 hectolitres / hectare à 50. « On risque de perdre des parts de marché » s’alerte Jérôme Despuy, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault.

En puisant dans nos rivières, ne risque pas aussi t’on de tuer les poissons qui y vivent ? De polluer les eaux ? La question du partage de l’eau se pose.

Thierry Arcier, vigneron, mentionne le risque pour ces vignes de développer une addiction à l’irrigation. « Si vous les privez de leur dose, elles ne supporteront pas la sécheresse ». On rentre dans un cercle vicieux.

En plus de rendre la vigne moins résiliante, l’irrigation coupe la vigne de son terroir. »Elle modifie artificiellement l’expression du terroir » dénonce la chercheuse Nathalie Graveline.

irrigation reporterre

Les vignerons se tournent vers d'autres solutions

Tu l’auras compris, le choix du matériel végétal est crucial. Lilian Bérillon souligne également l’importance de l’adaptation des vignerons face au changement climatique. Eux aussi doivent trouver des solutions.

L’agroforesterie pourrait être l’une d’entre elles. Planter des arbres amène de la biodiversité, crée des microclimats avec des températures moins élevées et permet de mieux retenir l’eau. C’est l’expérience vécue par Franck Renouard, vigneron dans le Gard, et racontée par Reporterre dans l’article « L’agroforesterie : le futur de la vigne ».

Le domaine Muller Koeberlé en Alsace s’est également tourné vers cette voie-là.

Un sujet passionnant que j’aimerais développer dans un prochain article.

Toi aussi tu connais des vignerons à l’origine de vin nature ou biodynamique qui trouvent des solutions face au dépérissement de la vigne ? N’hésite pas à laisser un commentaire 🙂

Pour aller plus loin :

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